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BACCALAURÉAT AU GABON: Le mirage des statistiques et la fabrique des illusions.

Une analyse des sessions récentes du baccalauréat au Gabon met en lumière un mécanisme statistique très particulier : l’effet de rattrapage massif entre le premier et le second tour. Loin de refléter une simple dynamique de progrès pédagogique, ce grand écart interroge la fiabilité de nos modes d’évaluation et pose une question cruciale sur la valeur réelle des certifications que nous délivrons.

1. LE PREMIER TOUR : La vérité crue des chiffres.

Si l’on observe les données officielles des sessions de 2025 et 2024 où le premier tour avait enregistré respectueusement 30,24 % et 36 % d’admis d’office, ce premier filtre, brutal et conforme aux faiblesses des moyennes de classes observées tout au long de l’année, constitue en réalité le véritable révélateur du niveau réel des élèves. Il met à nu les lacunes structurelles dans la maîtrise des fondamentaux par la grande majorité des candidats. C’est la photographie authentique de l’état de notre système secondaire.

2. LE SECOND TOUR : Le soupçon de l’ajustement artificiel.

Pourtant, la mécanique “en deux temps” de notre examen vient totalement bouleverser cette première impression. En effet, lors de la session de 2025 et 2024, les taux finaux de réussite s’étaient établis globalement autour de 76,99 % 2025) et 80 %. Ce grand écart statistique — qui fait doubler, voire tripler le taux de réussite en quelques jours — illustre parfaitement la zone grise de notre système d’évaluation. 

Ce “filet de sécurité” du second tour fonctionne trop souvent comme une soupape de sécurité sociale et politique.  En repêchant massivement lors des oraux de rattrapage, on gomme artificiellement le déficit de compétences initial pour lisser les statistiques globales, maintenir des taux de réussite flatteurs et éviter l’onde de choc d’un échec massif.

3. LES EXTERNALITÉS NÉGATIVES :    Le piège tendu à l’enseignement supérieur

Cette distorsion n’est pas sans conséquence. En envoyant dans le supérieur des cohortes entières d’étudiants titulaires du précieux sésame mais structurellement désarmés face aux exigences académiques, le système déplace le problème au lieu de le résoudre. Les universités publiques, en première ligne, subissent de plein fouet cette réalité : des vagues massives de redoublement déciment les premières années, transformant les amphithéâtres en zones d’attrition.

À force de vouloir lisser les courbes et de transformer les examens en instruments de communication pour afficher des bilans rassurants, on finit par vider la certification de sa substance. En abaissant de fait les exigences réelles derrière l’illusion de taux de réussite, on ne rend service à personne. Au contraire et pire, on fragilise l’étudiant jeté sans armure dans le cycle supérieur, on dévalorise l’effort des véritables méritants, et l’on finit par saper la crédibilité même de la nation et de ses institutions académiques.

Par la Rédaction LGR TV

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