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France : Oligui Nguema tort le bras d’Eramet a Paris ! 

«Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis» une parole de Brice Clotaire Oligui Nguema qui a pris tout son sens ce 20 juillet à Paris à l’occasion de sa visite d’Etat en France et ce, à l’invitation de son homologue Emmanuel Macron. En effet, Libreville et Eramet ont scellé un nouvel accord d’étape dans leur feuille de route industrielle. Le protocole d’accord stipule noire sur blanc que la transformation locale du manganèse gabonais, sera effectué à hauteur de 700 000 tonnes chaque année d’ici 2031.

C’est une rencontre hautement historique et symbolique qui s’est déroulée ce lundi 20 juillet 2026 au palais de l’Élysée. En effet, reuni à l’Élysée en présence du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et de son homologue français Emmanuel Macron, Eramet et sa filiale gabonaise Comilog ont signé, un protocole d’accord avec l’État gabonais consacré au développement de la chaîne de valeur du manganèse.

Derrière cet accord, un objectif stratégique : parvenir à transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an au Gabon à l’horizon fin 2031, contre une activité encore largement orientée vers l’extraction et l’exportation du minerai brut.

Cette signature intervient après plusieurs mois de discussions entre Libreville et le groupe minier français autour d’un enjeu central pour les autorités gabonaises : la transformation locale des ressources naturelles afin d’augmenter la valeur créée sur le territoire national.

Le protocole d’accord établit une « feuille de route commune » entre les deux partenaires, selon Eramet, avec une méthode de travail destinée à identifier et développer des projets industriels « rentables, créateurs de valeur ajoutée et d’emplois durables ».

Pour le gouvernement gabonais, l’enjeu dépasse la seule production minière. Il s’agit d’inscrire le manganèse dans une logique de souveraineté économique, alors que le pays dispose de l’un des principaux gisements mondiaux de ce minerai stratégique.

Depuis plusieurs années, Comilog exploite le manganèse de Moanda, dans le Haut-Ogooué. L’entreprise dispose déjà d’installations de transformation avec le Complexe industriel de Moanda, opérationnel depuis 2000, et le Complexe métallurgique de Moanda (CMM), lancé en 2015.

Mais les autorités gabonaises souhaitent franchir une nouvelle étape : passer d’un modèle centré sur l’extraction à une industrie capable de produire davantage de matériaux transformés, notamment pour répondre aux besoins liés à la transition énergétique mondiale.

L’accord repose sur un principe de responsabilités partagées entre l’État et l’entreprise.

Libreville devra notamment garantir des conditions énergétiques compétitives, un facteur déterminant pour la viabilité des projets métallurgiques, particulièrement énergivores.

De son côté, Eramet conservera la responsabilité d’évaluer la rentabilité économique des différents investissements envisagés. Chaque projet restera soumis à une décision finale d’investissement.

Un comité de suivi tripartite réunissant l’État gabonais, Eramet et Comilog sera chargé de suivre l’avancement des travaux. Cette instance devra se réunir au minimum une fois par trimestre afin d’évaluer les progrès réalisés.

La feuille de route prévoit l’étude de trois grands scénarios industriels.

Le premier concerne la construction d’une usine d’oxyde de manganèse dans la région de Libreville. Ce matériau, utilisé notamment dans les batteries de véhicules électriques et certains aciers haute performance, pourrait représenter une nouvelle étape dans l’intégration du Gabon aux chaînes industrielles mondiales.

Le projet prévoit une première capacité de production estimée à 10 000 tonnes par an, avec une mise en service envisagée d’ici fin 2028. En fonction des débouchés commerciaux, plusieurs extensions pourraient porter la capacité à 50 000 tonnes supplémentaires chacune.

Deuxième chantier : la modernisation du Complexe métallurgique de Moanda. L’objectif est de réhabiliter ce site stratégique afin de permettre une reprise progressive de l’activité, avec une capacité pouvant atteindre 70 000 tonnes d’alliages de manganèse par an à partir de 2029.

Enfin, le projet le plus ambitieux porte sur la construction d’une nouvelle usine d’alliages de manganèse d’une capacité pouvant atteindre 265 000 tonnes par an, implantée près de la façade maritime. Sa mise en service est envisagée pour 2031, sous réserve de la conclusion d’une convention d’investissement spécifique et de la sécurisation des infrastructures énergétiques et logistiques.

L’accord ne se limite pas à la transformation métallurgique. Il intègre également un volet environnemental avec le développement d’une filière de biocharbon produit à partir de coproduits de l’industrie forestière.

Cette technologie vise à remplacer progressivement le coke métallurgique importé utilisé dans les procédés industriels, afin de réduire l’empreinte carbone de la production de manganèse.

Un four pilote fonctionne déjà depuis juillet 2026 à Lastourville, en partenariat avec Precious Woods. Une unité industrielle d’une capacité de 10 000 tonnes par an est également envisagée à l’horizon 2029.

« Fabriqué au Gabon », un fonds pour stimuler l’écosystème industriel

Autre annonce majeure : la création d’un fonds d’amorçage industriel baptisé « Fabriqué au Gabon » par Eramet et Comilog.

Ce mécanisme doit accompagner l’émergence d’entreprises locales capables de participer à la chaîne industrielle autour du manganèse et contribuer, à terme, à la création de près de 3 000 emplois.

« Le résultat est là : une feuille de route ambitieuse, co-construite avec les autorités », a déclaré Christel Bories, présidente-directrice générale d’Eramet, saluant « la volonté souveraine du Gabon d’accroître la transformation locale de ses ressources ».

Au-delà de l’accord industriel, cette coopération constitue un test pour la stratégie économique défendue par Libreville : faire davantage bénéficier l’économie nationale de ses ressources naturelles.

Pour le Gabon, l’enjeu est désormais de transformer les annonces en réalisations concrètes : sécuriser l’énergie, mobiliser les investissements, développer les compétences locales et créer un tissu industriel durable.

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