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PROTOCOLE ERAMET 2026 : LE GABON TIENT LE CAP DE SA SOUVERAINETÉ, MAIS LE TEMPS PRESSE

Par Mme Léa Mikala, epse.Lelgouarch  Ancienne Ministre Déléguée des Eaux et Forêts.

Le 20 juillet 2026 à Paris, la République gabonaise et le groupe Eramet ont signé un nouveau protocole d’accord. Au cœur des échanges, une décision majeure : la mise en service de l’usine de transformation du manganèse gabonais, d’abord annoncée pour 2029, est désormais programmée pour 2031. Cette nouvelle date marque une inflexion qui mérite d’être regardée avec lucidité, loin des passions et des raccourcis, à l’aune de la vision portée aujourd’hui par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema : bâtir un Gabon plus juste, plus industriel et maître de ses ressources.

Depuis 2023, la rupture avec le modèle extractif est posée comme une exigence politique. Il ne s’agit plus seulement d’extraire et d’exporter du minerai brut, mais de capter la valeur ajoutée sur notre sol, de créer des emplois qualifiés pour nos jeunes et d’asseoir une véritable souveraineté économique. Le protocole de mai 2025 avait déjà scellé cette ambition avec l’engagement de transformer localement deux millions de tonnes de manganèse, l’entrée de l’État au capital d’Eramet et la gabonisation des postes de direction. L’accord de juillet 2026 ne revient pas sur ces principes. Il les confirme. Mais il ajuste le calendrier. Et cet ajustement nous oblige à poser les bonnes questions. Cette exigence de transformation locale et de valeur ajoutée n’est pas nouvelle, elle fait écho aux réformes qu’il est possible d’annexer à cette ambition du Président Brice Clotaire Oligui Nguema pour notre pays, à l’image de celles que nous avons engagées dans le secteur forestier pour imposer la transformation du bois au Gabon et bâtir une filière durable avant d’exporter du brut.

Le report à 2031 peut s’interpréter de deux manières. D’abord comme un acte de responsabilité. Une usine de métallurgie ne se décrète pas. Elle exige une énergie fiable, un chemin de fer performant, des financements sécurisés et des compétences transférées. Préférer un démarrage solide en 2031 à un lancement précipité en 2029, c’est aussi éviter les échecs industriels qui coûtent cher aux États et aux populations. Ensuite, ce report est aussi un défi. Deux années supplémentaires d’exportation brute, c’est deux années de manque à gagner en recettes, en emplois et en apprentissage technologique. La dépendance aux cours mondiaux du brut perdure. L’enjeu est donc de faire de la période 2026-2031 un temps utile, et non un temps de suspension.

C’est ici que se joue la crédibilité de notre politique d’autonomie. Un protocole n’a de valeur que par ce qu’il produit entre deux signatures. Entre aujourd’hui et 2031, le Gabon doit accélérer la modernisation du Transgabonais, sécuriser l’offre énergétique, former nos ingénieurs et nos techniciens, et structurer un tissu de sous-traitants nationaux capables de vivre de cette industrie. L’État, désormais actionnaire, a les leviers pour exiger de la transparence sur les comptes, de la diligence sur les investissements et des garanties fermes sur les engagements pris.

Au fond, ce protocole de 2026 n’est ni une victoire définitive, ni un recul. C’est un jalon. Il dit que l’ambition du Gabon ne recule pas, mais que le chemin de l’industrialisation est exigeant. Il dit aussi que notre souveraineté ne se décrète pas, elle se construit, jour après jour, dans les chantiers, dans les écoles, dans les usines et dans la capacité à tenir nos partenaires à la hauteur de nos exigences nationales. Le rendez-vous est donc pris pour 2031. D’ici là, l’histoire retiendra ce que nous aurons fait de ces cinq années.

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